La Guinée montre la voie (Samir Abi)

FSOA

                 Enfin une cinquième édition du Forum Social Ouest Africain. Plus de huit ans après la dernière édition tenue à Lomé en janvier 2008, 4000 personnes étaient mobilisées au Palais des Peuples de Conakry ce mercredi 13 juillet pour la cérémonie d’ouverture du Forum Social Ouest Africain (FSOA).

              Venus par bus ou par vol, les délégués de la Gambie, du Mali, du Nigéria, du Sénégal et du Togo ont répondu présent à l’appel de leurs homologues de Guinée. Et le succès était au rendez-vous. Tout le gratin politique guinéen était mobilisé pour l’occasion. Du plus haut sommet de l’Etat jusqu’aux citoyens des banlieues de Conakry en passant par les acteurs sociaux des différentes régions de la Guinée, le peuple guinéen a démontré encore une fois qu’il a en héritage la lutte de Sékou Touré pour une Afrique unie libérée de tout diktat colonial.

                En effet, en 1958, la Guinée accédait à l’indépendance après son refus d’accepter de continuer à vivre sous le joug de la colonisation au sein de la communauté française que voulait créer le Général de Gaule. La France à l’époque avait pour ambition d’autonomiser un peu plus ses colonies tout en gardant la main sur leur exploitation. Le « NON » de la Guinée a permis de déjouer cette première approche néocoloniale et a conduit la France à imaginer une indépendance de ses colonies avec un nouveau système de domination axé sur l’imposition du Franc CFA et des coups d’états à répétition contre les leaders refusant l’emprise française sur leurs ressources. Après de multiples tentatives de déstabilisation politique de Sékou Touré, l’Africain qui a osé dire « NON » à l’icône de la France, Charles de Gaule, le néocolonialisme français aura finalement le dessus sur lui en noyautant l’économie de la Guinée par la fabrication et l’introduction massive via la Côte d’Ivoire de faux francs guinéens. La mort de Sékou Touré a permis par la suite la mise sur pied en Guinée d’une des dictatures les plus ubuesques qui ait existé en Afrique de l’Ouest à la fin du XXème siècle.

                Le retour du Forum Social Ouest Africain en Guinée vient rendre hommage au mouvement social guinéen. Ce mouvement fut la pierre angulaire de la lutte pour le retour à la légalité constitutionnelle après le coup d’Etat de 2008. Mme Rabiatou Sérah Diallo, grande figure du syndicalisme en Guinée, connue pour avoir coordonné le mouvement social en Guinée à la fin des années 2000 et actuellement présidente du Conseil Economique et Social guinéen, a tenu à marquer en personne sa présence à l’ouverture du Forum Social Ouest Africain. Dans son discours elle a souligné son attachement à cet espace qu’elle a contribué à construire en 2005 lors du premier Forum Social Ouest Africain à Conakry. A côté de Mme Diallo, on notait également la présence de Bakary Fofana, de Demba Dembélé, de Mignane Diouf et d’autres dont les noms sont étroitement liés au processus du Forum Social en Afrique.

                L’enjeu de la relance du forum social au niveau ouest africain est de répondre aux nombreux défis actuels qui se posent à tous les pays de la CEDEAO. Les défis sécuritaires avec la présence de groupes terroristes qualifiés de « djihadistes » dont la violence heurte la sensibilité de tous les citoyens de la communauté au-delà des différences religieuses. En ce sens, la Guinée apparait également comme un exemple de tolérance religieuse avec la forte inclusion de la minorité chrétienne dans l’espace social et politique. Un autre défi fort présent dans ce forum est le défi électoral avec la volonté manifeste de divers présidents ouest africains, soutenus par l’Occident, de rester au pouvoir et d’enfreindre les choix exprimés par leur peuple à travers les urnes. Les défis de la migration et des accords de partenariat économique (APE) sont également au centre de ce forum où la société civile entend faire entendre sa voix sur les politiques européennes de migration et de commerce qui sont à l’origine du drame continu que constitue la mort de dizaines de milliers de migrants dans les mers et océans autour de l’Afrique depuis un quart de siècle.

                Les défis de la gouvernance, de la corruption, de l’implication citoyenne des jeunes, du chômage, du changement climatique, de l’accaparement des terres et des discriminations à l’égard des femmes sont autant de thèmes qui constituent les axes thématiques autour desquels se déroulent les 24 ateliers,  discussions en plénières et conférences publiques dans les universités de Sonfonia et de Gamal Abdel Nasser. Les actes de ce forum permettront de porter la parole des sans voix et opprimés d’Afrique de l’Ouest au Forum Social Mondial prévu à Montréal au Canada du 9 au 14 août 2016.

https://visionssolidaires.com/2016/07/14/forum-social-ouest-africain-5eme-edition/#more-2068

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