Programme du Salon anticolonial (Sortir du colonialisme )

SALON ANTICOLONIAL 4 ET 5 MARS

La Bellevilloise 21 rue Boyer Paris 20è M°Ménilmontant Entrée solidaire 2 euros


LOFT Espace stands internationaux, Salon du Livre, Rencontre avec les auteur-es

Exposition : Angela Sept

Angela Magnatta est artiste affichiste, elle dessine des portraits de femmes qui ont marqué l’histoire sociale. Elle utilise essentiellement l’affiche comme support et réalise aussi des peintures sur toile. Ses convictions en tant que militante féministe, antiraciste, anti-impérialiste et pacifiste définissent ou orientent largement son travail.

A l’occasion de la Semaine Anticoloniale, elle a réalisé des portraits de femmes mais aussi de quelques hommes ayant marqué les luttes antiracistes et anti-coloniales.

http://sept-art.fr/

SAMEDI 4 MARS

SALLE FORUM

10h – 11h30 Rroms, mineur-e-s isolé-e-s et jeunes majeur-e-s étranger-e-s :

Interdits d’école !

Une partie de l’enfance et la jeunesse de France est aujourd’hui Interdite d’école,

Parce qu’ils sont pauvres et perçus comme roms, habitent avec leurs parents dans des squats et des bidonvilles, parce qu’ils sont « mineurs isolés étrangers » ou « jeunes majeurs », l’Etat les prive arbitrairement du droit élémentaire à l’Éducation, leur interdit l’avenir et les voue à l’exclusion.

Si quelques uns accèdent malgré tout à l’école, ils doivent alors faire preuve d’efforts exceptionnels pour choisir leur destin et accéder à des études supérieures contre l’avis de l’administration.

Il y va du sens de notre société dont la valeur doit se mesurer à son pouvoir d’offrir à un enfant ou un jeune, quelle que soit sa condition, les moyens d’apprendre, de grandir, de choisir un métier.

Invité-e-s :

Anina Ciuciu, élève avocate, pour La Voix des Rroms

Liliana Hristache, présidente de l’association Rom réussite

Sheema Ben Abbes, médiatrice scolaire à l’Aset 93

Joao, jeune majeur

Pierre Linguanotto pour CPMJIE

11h45 – 13h15 Sortir du Franc CFA

Quelles causes, quelles conséquences, quelles solutions ?

Hortense Fangoe (journaliste)

Karine Oriot (journaliste et modératrice)

Mwazulu Dyabanza (Porte parole du Mouvement  » Marron-Unité.Dignité.Courage « 

Louis Georges Tin (Président du CRAN)

13h30 – 15h Appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux

http://www.mesopinions.com/petition…

Invité Olivier Lecour Grandmaison

15h15- 16h45 Guadeloupe Mé67, 50 ans déjà

Les martyrs guadeloupéens victimes de la répression coloniale de mai 67

Le Comité du 10 Mai invite :

Elie Domota, syndicaliste du LKP (visio conférence)

Luc Reinette, indépendantiste guadeloupéen (sous réserve)

Raymond Gamma, historien (visio conférence)

Théo Lubin (modérateur)

17h-18h « Je suis Bamboula »

Proclamation du Prix du Colonialiste 2017

Pour voter, cliquer sur le petit compteur à gauche de chaque photo pour classer les nominé-e-s ou ne choisir qu’un seul nom.

https://fr.surveymonkey.com/r/P5MBNW3

SALLE CLUB

11h -12h30 Comment combattre concrètement les offensives et les idées d’extrême droite ?

Débat organisé par VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes) et le CUAFA 20ème (Collectif Unitaire Antiraciste et AntiFascistes)

12h45 – 14h15 Le Secret défense, contre la vérité et la justice ?

organisée par le réseau « Justice pour Sankara justice pour l’Afrique », avec le comité de soutien à Elisabeht Borrel, l’institut Ben Barka, SURVIE, Sortir du Colonialisme, et Au nom de la mémoire.

Bachir Ben Barka fera l’ »historique » du secret-défense dans l’affaire Ben Barka et informera des dernières démarches judiciaires et autres.

Elisabeth Borrel témoignera de son combat pour connaitre la vérité sur l’assassinat de son mari, juge à Djibouti, que des réseaux franco-djiboutien ont tenté de faire passer pour un suicide.

François Graner, chercheur, auteur du livre Le sabre et la machette -officiers français et génocide tutsi témoignera de ses travaux sur le génocide des Tutsis au Rwanda et des blocages qu’il rencontre pour obtenir des documents pourtant déclassifiés.

Bruno Jaffré, animateur du réseau Justice pour Sankara, justice pour l’Afrique, auteur d’ouvrages sur Thomas Sankara, fera le point sur l’affaire Sankara et la demande de levée du secret défense par un juge burkinabè.

Mehdi Lallaoui, réalisateur, président de Au nom de la mémoire, témoignera des blocages rencontrés lors de ses travaux sur le 17 octobre 1961 et les massacres de Sétif en mai 1945.

Armelle Mabon, historienne, évoquera les obstructions à la manifestation de la vérité sur le massacre des ex-prisonniers de guerre tirailleurs »sénégalais » au camp de Thiaroye le 1er décembre 1944 et de la fraude scientifique au service d’un mensonge d’Etat.

Henri Pouillot, Membre du Bureau Exécutif National du MRAP, du Bureau National de l’ARAC, Président de « Sortir du Colonialisme », Témoin de la Guerre de Libération de l’Algérie interviendra sur les zones d’ombre de « l’affaire Maurice Audin » toujours couvertes par le secret défense.

14h30 – 16h Cameroun, une guerre à l’origine de la Françafrique

Survie invite Thomas Deltombe

DIMANCHE 5 MARS

SALLE FORUM

10h30 – 12h Liberté de circulation et d’installation

Conférence organisée par la FASTI

Invitées : Prudence Riff et Josie Boucher, co-présidentes de la Fasti

12h15- 13h45 1947-2017 L’insurrection malgache- Histoire Universitaire, Mémoires Populaires

Présentation de l’événement du 29 mars à l’INALCO

14h – 15h30 Mémoire Eclatée, De la décolonisation au déclin de l’Occident

Nils Andersson invite Samir Amin philosophe, économiste franco-égyptien et président du Forum mondial des alternatives

et Vanessa Codaccioni Historienne et politiste, spécialiste de la répression politique. Maîtresse de conférences à l’université Paris 8, elle a publié un ouvrage sur les procès politiques pendant la guerre froide et la guerre d’Algérie, et, plus récemment, sur la justice d’exception et l’antiterrorisme.

Ce livre constitue un témoignage exceptionnel sur plus de 60 ans du parcours d’un homme depuis les années 50 à nos jours. Deux tiers de l’ouvrage raconte les années d’activités littéraires, théâtrales et éditoriales de Nils Andersson à Lausanne – la fondation de la Diffusion et des Editions de La Cité. En 1957, Nils Andersson rencontre Jérôme Lindon (Editions de Minuit), Jean-Jacques Pauvert (Editions Pauvert), et Robert Voisin (Editions de l’Arche) afin de leur proposer la diffusion de leur catalogue en Suisse. Il deviendra éditeur lorsque Lindon lui demande d’éditer La Question d’Henri Alleg, ouvrage interdit en France. Dès 1961, il diffusera également les Editions Maspero et deviendra, après de nombreuses publications liées à la cause algérienne, l’éditeur du Petit livre rouge de Mao et d’autres publications maoïstes. Après son expulsion de Suisse par le Conseil fédéral en 1966, il travaillera cinq ans à Radio Tirana (émissions françaises), puis il deviendra le diffuseur des maisons d’éditions françaises en Suède. A sa retraite, il s’installe à Paris et devient actif au comité scientifique d’Attac tout en s’engageant sur les problématiques des droits humains.

Cet ouvrage raconte également l’aventure de la décolonisation et de ce que Nils Andersson appelle le  » déclin de l’occident « .

15h45 – 18h Violences policières et Racisme d’Etat

Invitées :Ramata Dieng (Collectif Vie Volées), Nacira Guenif (sociologue)

18h15 Concerts : Cihan, musicien et chanteur kurde + EDS, rap décolonial

SALLE CLUB

11h- 12h45 Racisme et colonialisme : Le cas d’Israël

Organisé par l’ UJFP

13h – 14h15 Maghreb : Comment sortir du racisme antinoir ?

Les conséquences des migrations africaines subsahariennes, et le poids de l’histoire subie par les Noir-e-s du Maghreb

Invité-e-s :

Mireille Fanon – Mendès France Experte, ex-président du Groupe de travail des Nations Unies sur les personnes descendant d’Afrique, Conseil des droits de l’homme

Fabien-Didier Yéné Militant Réseau Afrique Echanges Migrants

Karima Souid ex députée-Constituante, Chef de projet chez Euromed Droits (REMDH) (en Visio conférence)

Joanes Louis Avocat

Eléonore Bassop (modératrice)

Organisé par le CRAN

14h30- 16h Cameroun : Quelle solution à la crise dans les régions dites anglophones, genèse d’une unité de façade ?

Partition, fédéralisme, la somalisation peut elle permettre de répondre aux problèmes des populations ou ne faut il pas apporter une réponse politique globale qui prenne en compte les particularités de chaque région dans le cadre d’un devenir commun ?

Au moment où la lutte s’intensifie dans les régions du nord ouest et du sud ouest avec pour seule réponse de la part du régime néocolonial de Paul Biya une répression aveugle, brutale, l’UPC se propose d’analyser la situation et de présenter les possibles solutions politiques. Plusieurs leaders d’opinions sont arrêtés, trois d’entre eux vont être présentés devant une cour militiaire et risquent la peine de mort.

Paul Biya, au pouvoir depuis 35ans, ne cesse d’enfoncer le pays dans une crise politique, économique, sociale sans précédent en semant la terreur, la division et en tentant de créer les conditions du chaos après son départ. Il envisage, malgré tout, à 85ans de se représenter aux prochaines élections présidentielles en 2018.

Invités : Njufom Samuel et/ou Essoh Moïse, tous deux membres du Bureau du Comité directeur de l’Union des Populations du Cameroun (UPC)

http://www.anticolonial.net/spip.php?article3022

 

En passant | Publié le par | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

Comment la présidentielle française peut-elle modifier les relations Afrique-France? (Mehénou Amouzou)

De l’esclavage qui a duré un peu plus de quatre siècles à la colonisation et à l’indépendance sur mesure des pays africains, l’Afrique est soi-disant passée d’un « état primitif à son état moderne d’aujourd’hui ». Tel est tout du moins le point de vue du colonisateur qui justifie ainsi la nécessité de la colonisation dont le bilan est négatif (meurtre en masse du peuple africain, déportation de centaines de milliers de jeunes Africains, maintien de l’ensemble du continent sous diktat, etc.)

Cette brutalité, qui se traduit par un sabotage et un pillage constant, continue de se perpétrer grâce à quelques poignées d’Africains qui sont des inconscients.  Dépourvus de tout esprit critique, d’éthique et de l’essence même de l’homme africain qui par nature respecte son prochain, l’environnement et le travail communautaire, ces poignées d’individus sont pour la plupart des présidents qui n’ont aucune légitimité car ils ne sont pas élus démocratiquement et le développement de leur pays ne constitue aucunement leur priorité. Un homme d’affaire asiatique a affirmé que la différence entre des dictateurs asiatique et africain est que le dictateur asiatique aime son peuple et participe à son développement. Le dictateur africain n’aime pas son peuple. Ils dépouillent leur peuple et accumulent les richesses de leur pays dans les banques étrangères.  Ces fonds déposés dans les banques de l’Occident permettent de financer l’économie occidentale et parallèlement d’enfoncer leur propre pays dans le désespoir et le marasme économique.

Après plus de cinquante (50) ans d’indépendance, il est évident que les pays africains ne peuvent plus compter sur leurs leaders ou présidents qui ont largement démontré leurs incompétences et incapacités à diriger leurs pays. Il est indéniable aujourd’hui que même au temps des royaumes africains, les peuples africains vivaient mieux et étaient plus en accord avec l’environnement. Ce sont « les Etats modernes » introduits par la colonisation qui ont eu des conséquences désastreuses sur la vie sociale, politique et économique des Africains.

La France n’est pas la seule nation à avoir pratiqué le commerce de l’esclavage et/ou la colonisation. Presque tous les pays européens l’ont fait et les méthodes utilisées sont quasi identiques. Toutefois, les autres pays ne s’accaparent pas totalement de la richesse des pays colonisés. Ils s’arrangent pour accorder une petite marge de liberté aux peuples, leur donnant ainsi l’illusion qu’ils sont libres alors même qu’ils sont contrôlés à 98% au moins. Parallèlement la France, elle, contrôle à 100% tous les secteurs de la vie socio-économique et cela, avec la complicité de quelques dizaines de personnes prêtes à sacrifier leur pays pour les intérêts français.

Nous donnons cette alerte parce que la crise économique actuelle est très grave et n’épargne aucun pays. L’Afrique ne peut plus être gouvernée par des hommes dépourvus de tout bon sens qui laissent leurs populations crever dans la traversée de la Méditerranée.  Tout le monde connaît la raison de cet exode vers l’Europe mais comme c’est le peuple africain ce n’est pas grave. Le drame, c’est que l’Occident n’a aucun intérêt à trouver une solution car il est lui-même la source des ¾ du problème. La grave crise qui est en train de mettre les grandes puissances à genoux était quand même prévisible depuis plusieurs années déjà. Mais cela a été purement et simplement négligé. En effet, l’une était, depuis, l’interdiction qui a été faite aux gouvernements d’emprunter de l’argent sans intérêt auprès des banques centrales mais uniquement sur les marchés financiers et avec intérêts. Ceux qui ont interdit aux gouvernements étant les mêmes qui contrôlent les marchés financiers pour leur propre bénéfice.

Le peuple français  ne sait pas ou ne veut pas accepter que la belle France est cliniquement décédée. Tout le monde attend l’annonce imminente du décès économique de la France. Ce qui est vraiment triste et il importe de se demander comment ils ont pu en arriver là. Nous laissons la réponse à cette question aux éminents économistes français qui sont bien qualifiés pour mener à terme une telle étude. Nous tenons uniquement à insister sur les conséquences désastreuses sur les pays africains.

QUELQUES PRECISIONS

La situation économique de la France a dorénavant dépassé la limite à laquelle la situation aurait pu être politiquement acceptable et gérable. Désormais, il est impossible de redresser la trajectoire. Pour le moment, d’autres évènements internationaux cachent le pot rouge de la France. On peut citer à titre d’exemple, l’élection de Donald Trump à la présidence américaine, la Syrie et le moyen Orient, le Brexit de l’Union Européenne. Le ratio dette/PIB de la France est supérieur à 100% et pour stabiliser cette dernière, on a besoin d’une croissance d’au moins de 3% par an, qui n’a jamais été atteinte en une décennie. Mario Draghi, président de la Banque Centrale Européenne, en juillet 2012, a affirmé que la France était « trop grande pour faire faillite ». Qu’il ferait « tout ce qu’il faudra » pour sauver l’euro ; puis en janvier 2016, que ses capacités d’action n’avaient « pas de limites ». Mais ces affirmations ne sont que poudre aux yeux et sont complètement fausses.  La France est incapable de rembourser le principal de sa dette et ne rembourse les intérêts qu’avec difficulté.

Selon l’Agence française du Trésor (mars 2015), 64,4% de la dette française est détenue par des « non-résidents ». Le gouvernement a placé le futur du pays dans des mains étrangères (des spéculateurs étrangers, des institutions bancaires, etc.). Le premier détenteur de la dette française à long terme est l’Italie avec son économie morose et très fragile. Il faut souligner que la dette publique de l’Italie est supérieure à 132% de son PIB et cela avec un taux de chômage au-dessus de 14%.  Le premier détenteur de la dette française à court terme est le Japon dont le ratio dette publique / PIB est de 245% au minimum. Ainsi, les deux grands créanciers de la France, le Japon et l’Italie, ont une économie comateuse. Et pourtant, ils sont les seuls remparts d’un système sur le point de couler. Il est indéniable que l’Etat français deviendra, tôt ou tard, aussi insolvable que la Grèce et les banlieues seront coupées de leurs lignes d’approvisionnement; les universités, les écoles et les transports publics fermés, les salaires suspendus et les entreprises fermées. La demande de paiement par les créanciers, si elle n’est pas honorée, les biens des pays africains placés sous contrôle du gouvernement français deviendront les propriétés de ces deux pays.  Ce serait la panique générale, car du moment où la confiance des créditeurs du pays aura disparu, le chaos s’installera.

Le journal français Mediapart a repris dans sa parution du 2 novembre 2016 un article d’un journal économique allemand. Dans cet article, le journal allemand accuse le gouvernement français d’immoralité, d’expropriation abusive et d’être indirectement à la source  de nombre de situations de famine, de guerre, d’instabilité et de destruction. Toujours selon ce journal, la France pille près de 440 milliards d’euros par an à l’Afrique à travers la France-Afrique. C’est une grosse somme, et si ce chiffre est exact, comment la France dépense—t-elle cette somme pillée à l’Afrique? Toutefois, ceci pourrait expliquer le bas niveau de développement du continent africain et ses difficultés réelles à décoller. On comprend la misère et le désespoir qui poussent les jeunes à quitter le continent, espérant trouver une vie meilleure avec toutes les conséquences mortelles de ces départs. Si l’information est même partiellement prouvée, cela confirmerait ce que les feus présidents du Gabon et ex-Zaïre (RDC) disaient sur les plateaux télévisés français dans les années 80 : “SANS L’AFRIQUE, LA FRANCE N’AVANCE PAS CAR L’AFRIQUE EST LE MOTEUR”.

La dette publique française est au-dessus de 2,000 milliards d’euros. Elle ne peut être remboursée par la nation française. Les services publics sont réduits au minimum et l’avenir de la France est vraiment sombre. Mais comment un pays, qui rançonne plus de 400 milliards d’euros chaque année, peut-il se retrouver dans une situation critique au point de ne pouvoir rembourser sa dette ? Est-ce que la France ne produit ou ne commercialise plus? Les  400 milliards d’euros collectés en Afrique ne rentrent-ils pas dans les caisses de l’Etat ? Qui bénéficie réellement de ces sommes colossales vu que le niveau de vie du Français moyen n’a pas évolué depuis des années

LA VISION ET LE BUT DE LA DIPLOMATIE FRANCAISE SUR LES AUTRES PAYS EMERGENTS

La France demeure un empire colonial malgré le mot « diplomatie » utilisé pendant ces cinquante dernières années pour qualifier ses relations avec ses ex-colonies et les Etats africains en général.

Le Nigeria n’est certes pas une colonie française mais il n’en est pas moins le miel que la France rêvait de partager avec l’Angleterre depuis des années. La France a saisi une opportunité mortelle pour essayer de concrétiser son rêve à l’encontre du jeune Etat Nigérian fraîchement indépendant, conduit par des hommes valeureux et très fiers d’être Africains et Nigérian. Le gouvernement du Nigeria, en ce temps, était en colère et avait vivement protesté contre la France du Général de Gaule, en raison de l’essai nucléaire opéré en Algérie par la France.  Le jeune Etat Nigérian avait protesté devant les Nations Unies et a même demandé pourquoi la France ne réalisait pas ses essais nucléaires sur son propre territoire. Est-ce en raison de cette protestation que la France a voulu punir le Nigéria en donnant par la même occasion un avertissement fort aux autres pays Africains prétendument indépendants ?

Comme tout pays nouvellement indépendant, il y a souvent de petits problèmes liés au leadership. Le gouvernement français de l’époque voulait punir le jeune Etat Nigérian et sa population. Pour se faire, il a alimenté le différend qui existait entre les dirigeants de l’Etat Nigérian et la province du Biafra en soutenant et équipant ces derniers avec des armes lourdes, des matériaux de guerre, de la logistique et des fonds. Elle comptait se rembourser sur la manne pétrolière qui lui serait acquise lorsque la sécession biafraise serait consommée. C’est pour cette raison que la France a été le premier pays à reconnaitre la sécession biafraise à l’ONU. La guerre du Biafra a coûté la vie à une centaine de milliers de personnes.

Le Mali de Modibo Keita, l’ancien président du Mali, un nationaliste et un panafricaniste fier, avait également protesté contre l’essai nucléaire français en Algérie et s’est montré solidaire du peuple  algérien. M. Modibo Keita a payé très cher cette initiative qui s’est soldée par des sabotages économiques et politiques de son pays. Ce qui a permis au gouvernement français de déposer l’ancien président Modibo Keita qui a été remplacé par Moussa Traoré. Le président Modibo Keita mourut en prison. Triste sort pour un homme intègre.

En 2011, au cours de la campagne criminelle contre le colonel Kadhafi, l’ancien président de la Libye, M. Teodoro Nguema Obiang, président de la Guinée Equatoriale voulait aller en Libye rencontrer le dirigeant Kadhafi avec quatre autres chefs d’Etat africains pour trouver une solution africaine à la crise. Le président Teodoro Nguema avait été sommé de ne pas mettre pied en Libye. Le président Sarkozy lui avait clairement fait comprendre que son avion serait abattu si jamais c’était le cas. Quelle a été la réaction de l’ONU face à ces propos de M. Sarkozy ? Aucune. La « Communauté internationale » non plus n’a pas réagi.  Qui sont ces donneurs de leçons ? Maintenant, c’est l’Europe et l’Afrique qui sont déstabilisées. L’Afrique francophone s’est silencieusement  et automatiquement alignée sur la politique française et a été la première à reconnaitre le gouvernement de transition mis en place.

La Syrie par exemple, bien que ne se situant pas sur le continent africain, a fait l’expérience du diktat du colonialisme. La destabilisation du pays a entrainé la mort de plus de plus de 400,000 personnes et le déplacement de plus de 3.000.000 de personnes. L’insécurité s’est étendue jusqu’en Europe.  En 2008, à Paris (France), Christophe de Marjorie, l’ancien président du groupe Français Total, l’ancien premier ministre français, François Fillon, l’ancien président Nicholas Sarkozy et le président Bashar El Assad de Syrie en discutaient lors de sa visite dans le cadre du projet gazoduc qui a vu l’implication de la France,   des USA, du Qatar et de la Grande Bretagne. Selon une source proche du dossier dont le nom ne peut être mentionné pour des raisons de sécurité, le président Sarkozy a demandé au traducteur de dire au président syrien, Bashar El Assad que sur le marché, 30% revenait à la Syrie et 70% à la France, oubliant que le président syrien comprenait et parlait français. Le président syrien a dit non à la proposition de M. Sarkozy et a insisté auprès du traducteur pour qu’il lui dise que la Syrie n’est pas une colonie française. Le président Sarkozy s’était levé, a explosé de colère et a menacé de mettre la Syrie à feu et à sang. On voit aujourd’hui le résultat.

Les quelques présidents intègres qui ont défendu l’intérêt de leurs pays et de l’Afrique prioritairement sont morts assassinés et leurs pays destabilisés. Beaucoup de pays africains francophones ont pris part à la guerre du Biafra au Nigeria aux côtés de la France, car pour la plupart, les présidents de ces pays n’ont aucun pouvoir de décision sur la gestion de leur propre pays. En 2011, quand la France a dit aux pays africains de reconnaître l’opposition libyenne, la majorité de ces pays francophones l’ont fait en 24 heures comme de bons élèves. La CEDEAO et l’Union Africaine sont devenus des instruments obsolètes au service de l’Occident. Nous avons les cas de la Libye, de la Côte d’Ivoire et tout dernièrement de la Gambie où, sur un coup de fil de l’Occident, certains dirigeants africains se sont mis en rang.

Que peut-on penser du gouvernement sénégalais qui dit qu’il attend le mandat de l’ONU pour que les forces qu’il dirige attaquent la Gambie? Où se trouvent la raison et l’art de la négociation? On se rappelle le mandat de l’ONU pour désarmer Saddam Hussein de l’Irak. Mandat qui s’est soldé par la pendaison de Saddam Hussein et la destabilisation du Moyen Orient, de l’Europe et de l’Afrique. La Libye et la Côte d’Ivoire, n’en parlons plus. Quand Le ministre de l’information tchadien a confirmé que 40% des armes utilisées par Boco Haram sont françaises, est-ce-que le Nigeria a protesté ou convoqué l’ambassadeur français pour demander des explications?  Quel est le rôle de la CEDEAO? Protéger les dictateurs dociles et loyaux à l’Occident ?

COMMENT L’ELECTION PRESIDENTIELLE FRANCAISE FUTURE PEUT-ELLE MODIFIER LA RELATION FRANCE-AFRIQUE?

Aucun secteur de l’économie africaine n’est suffisamment évolué pour permettre d’éradiquer la pauvreté. Les présidents africains pillent leur propre pay et n’ambitionnent pas de les développer. La majorité de ces présidents ne sont pas démocratiquement élus mais désignée par l’Occident et leur loyauté ne va pas à leur peuple mais à la France. La politique coloniale de la France n’a pas changé depuis le temps de la conquête coloniale : désabuser et opprimer les peuples, coups d’Etats, troubles sociaux, sabotage économique, etc. Si le président sortant n’est plus en odeur de sainteté avec la métropole, cette dernière retire son soutien au président sortant lors des échéances électorales suivantes. Le pays subit des pressions politiques et économiques. On brandit la menace  » des biens mal acquis “. La métropole endosse le rôle du sauveur alors même qu’elle est l’auteur principal de la situation d’appauvrissement des Etats.

Ce système d’exploitation n’est pas bénéfique au peuple français qui se retrouve victime comme le peuple africain des abus de leurs dirigeants. 3 jeunes Français sur 5 ne peuvent garder un emploi jusqu’à l’âge de la retraite et sont incapables de cotiser pour bénéficier de la pension minimum à leur retraite. La population africaine est dans le rouge, le désespoir est le vivre quotidien. La métropole continue de taxer énormément la population africaine des bienfaits d’une colonisation qui n’a pas été sollicitée. En 2005,  il y avait à peu près 6 millions de Français d’origine africaine. La moitié de ces 6.000.000 peut positivement influer sur l’élection du prochain président de la République française. Le vote collectif pourra être décisif. En échange d’un vote collectif en sa faveur, le futur candidat s’engagera à respecter le droit à l’auto-détermination de tous les peuples. Une suppression des accords abusifs se résumant à piller les ressources des pays en développement. Une suppression du Franc CFA et la liberté pour les pays de cette zone de frapper leur propre monnaie. Les marchés seront désormais attribués selon le mérite et la qualité des offres. Ce doit être la fin du favoritisme.

L’immigré qui devient citoyen est très souvent reconnaissant et loyal envers son pays d’adoption et participe activement à son développement. Le citoyen français d’origine africaine peut jouer un rôle déterminant dans le développement.  Les pays d’origine de la plupart de ces Africains ont des liens étroits avec la métropole qui s’étalent sur plus d’un siècle de relations et pourtant, ces expatriés ne sont toujours pas acceptés et ne jouissent pas des mêmes droits que les nationaux d’origine. Cette discrimination négative à l’endroit des Français d’origine africaine a aussi pour cause l’attitude et les décisions de certains chefs d’Etat africains qui n’ont pas à cœur les intérêts de leurs expatriés. Si nous prenons par exemple la Corée du Nord, les Occidentaux ne ratent aucune occasion de traiter de tous les noms les dirigeants de ce pays qualifiés entre autres de dictateurs. Ce pays n’entretient de relation d’aucune sorte avec la France. Et pourtant, les ressortissants de ce pays sont plus considérés que les Français d’origine africaine dont les ancêtres ont pourtant combattu pour la République française.

Dans quelques mois, il y aura l’élection présidentielle française où tous les partis vont se présenter (l’extrême droite, les Républicains, la gauche et les indépendants). Eux tous prétendent à la fonction suprême avec un programme qui peut redresser la France. Ces politiciens, prétendants au fauteuil présidentiel, sont tous politiciens de carrière. Au cours de la primaire à droite  ils ont parlé de l’immigration, de comment renforcer le contrôle et le retour mais pas des causes qui forcent l’immigré à aller chercher son bonheur à l’étranger et à y risquer sa vie loin des siens. Le cas de l’Afrique est déplorable.  L’un de ces prétendants deviendra président de la République française en mai 2017 et ne sera pas différent de ces prédécesseurs. Ce ne sera une surprise pour personne car la France fait et défait les présidents africains (qu’on peut qualifier de sous–préfets) selon ses intérêts. Elle appauvrit, confisque la richesse des pays africains à son avantage. Les Français d’origine africaine ont le pouvoir de ne plus accepter cet esclavage et cette confiscation des ressources africaines en unissant leurs voix pour voter en faveur d’un candidat qui tiendra compte de leurs revendications, dont la première doit être certainement la suppression du F CFA.

La nouvelle relation France – Afrique sous l’égide des Africains de France unis mettra fin à l’exploitation abusive du continent concrétisée à travers certaines entreprises françaises. Exemple de celle qui a exécuté les travaux de construction du pont Henri Konan Bédié qui, deux (02) mois après son inauguration, présente déjà des malfaçons. L’Etat ivoirien a dû puiser dans les caisses de l’Etat pour procéder aux réparations nécessaires privant corrélativement des milliers d’Ivoiriens des services sociaux auxquels ils peuvent légitimement aspirer. Alors qu’il revenait normalement à l’entreprise qui a exécuté les travaux ou à son assureur d’assurer de telles réparations. En plus, ce projet avait été mis en place et financé sous le président Gbagbo et le pont ne devait pas être payant pour la population.  Sous Gbagbo, ce pont revenait à peu près à 225 millions de dollars et les fonds étaient disponibles grâce à une augmentation de 10 F CFA sur le prix de l’essence. Le président élu, monsieur Ouattara, en plus des 225 millions de dollars existant a emprunté plus de 400 millions de dollars pour la construction de ce même pont. L’entreprise française  qui a eu le contrat de construction du pont Henri Konan Bédié est celle de Bouygues. Il existe de nombreux exemples où des entreprises incompétentes ont pu remporter des marchés grâce aux relations privilégiées qu’elles entretiennent avec le sommet du gouvernement français. Toutes ces transactions se font cependant au détriment de la population africaine.

En matière de financement de l’élection présidentielle française, la majorité des Etats africains francophones finançaient les élections présidentielles des candidats français à coût de millions d’euros qui auraient dû aller vers le social et les hôpitaux où les malades meurent de simples migraines. L’obtention de l’eau potable ou de l’électricité est devenue un vrai parcours de combattant pour les populations. Au cours du dernier déplacement de l’ancien premier ministre français, Manuel Valls en Afrique, ce dernier a sollicité des fonds des pays de l’Afrique francophone. M. Valls aurait reçu une assistance de campagne de plus de 7millions d’Euros d’un seul pays qui est d’ailleurs très  endetté et où la misère est patente. Si cette allégation devait être confirmée, ne serait-ce pas un crime contre l’humanité tant de la part de donateur que du receveur ? La majorité des dirigeants africains sont incapables de marquer leur désaccord avec la France, parce qu’ils sont quasiment des fonctionnaires français et non des élus démocratiques. Si les gouvernements africains résistent, les représailles pleuvent sur le pays. A titre d’exemple, le procès de monsieur Gbagbo devant la Haye est seulement celui d’un nègre indocile et insoumis que la métropole doit mater.  La métropole est devenue un centre de manipulation et de désinformation soutenu par deux puissantes armes que sont le FMI et la Banque Mondiale qui aggravent la misère des pays en développement à travers leurs politiques financières calamiteuses.

La France a intérêt à traiter ses anciennes colonies en vrai partenaire et avec le respect qu’elle accorde aux Etats européens, asiatiques et à l’Amérique. L’arrogance d’hier n’est plus valable aujourd’hui.

Les Africains de France doivent s’unir et dire non en votant pour le candidat qui s’abstiendra de continuer avec cette mentalité coloniale vieille de plusieurs centaines d’années. La France doit savoir que le monde évolue et l’Afrique aussi. C’est pourquoi beaucoup plus de jeunes se tournent maintenant avec espoir vers l’Asie et non plus vers la France et l’Europe. Ces jeunes savent aussi que la France est responsable de ce qui leur arrive en plaçant et soutenant des présidents africains vomis par leurs peuples.

Dr. Mehenou Amouzou a obtenu son « Master in Business » à l’ «European Advanced Institute of Management » ainsi qu’un Certificat en finance et investissement à Paris (France). Il a complété ses Etudes dans les Relations Internationales et les Stratégies Politique et de Défense et a obtenu son Doctorat de Philosophie en Finance.

20 février 2017, posted in CONTRIBUTION, Non classé

 

 

 

 

 

 

En passant | Publié le par | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Tchad: soutien d’ACTUS/prpe aux opposants, le général Mahamat Nouri Allatchi et M. Mahamat Mahadi Ali

Tchad : En soutien indéfectible au dictateur général président Déby, le gouvernement
français utilise l’arme financière contre deux opposants des forces de résistance
nationale. Lire la suite

En passant | Publié le par | Tagué , , | Laisser un commentaire

Sortie du Franc CFA : pour les panafricains, une autre monnaie est possible

Dakar, le 13 février 2017 – La nouvelle journée de mobilisation du Front Anti-CFA, processus initié par l’activiste Kemi Seba et l’ONG Urgences Panafricanistes (URPANAF), a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le monde lors de débats thématiques. Les panafricains accentuent ainsi la pression sur leurs dirigeants afin de rompre le pacte colonial. Lire la suite

En passant | Publié le par | Tagué , , | Laisser un commentaire

L’élection de Donald Trump (Samir Amin)

1-L’élection récente de Donald Trump, après le Brexit, la montée de votes fascistes en Europe, mais aussi et bien en meilleur, la victoire électorale de Syriza et la montée de Podemos, sont toutes des manifestations de la profondeur de la crise du système du néolibéralisme mondialisé. Lire la suite

En passant | Publié le par | Tagué , , | Laisser un commentaire

Côte d’Ivoire : un pays rendu ingouvernable et le piège se referme sur Ouattara (Claude Koudou)

La démonstration que les lois de la nature sont immuables, s’avère patente. Le constat est là. Nous observons qu’après avoir mis la chienlit dans le pays, celui qui a désacralisé la vie humaine, en instillant différentes formes de violence (assassinats, tortures, taillades et meurtres par des « microbes », corruption à une échelle inégalée, gabegie, népotisme, favoritisme, contraintes à l’exil, enfreinte aux lois du pays, exclusions et cherté de la vie,..) ne tient pas le pays. Lire la suite

En passant | Publié le par | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Front Anti-CFA : onde de désobéissance monétaire et financière

Sous l’impulsion du Front Anti-CFA en Afrique aura lieu le 11 février prochain une série d’activités coordonnées dans 25 pays et 3 continents pour dénoncer le colonialisme financier et monétaire et avancer des alternatives. Vers un front intercontinental pour un nouveau système financier et monétaire ? 

Le monde est en pleine convulsion et ne cesse d’exhiber presque tous les maillons de son archaïque architecture politique et économique. L’économie n’y échappe pas et le séisme financier de 2007-2008 nous a révélé à quel point la logique néolibérale continue profondément à hégémoniser les agendas politiques et à évacuer ses contradictions sous forme de projets réactionnaires, néocoloniaux et excluants. Les chiffres portant sur les inégalités mondiales (1) fournis par le dernier rapport d’OXFAM reflètent en grande partie cette réalité.

Pourtant, la transition vers un monde multipolaire et les contradictions du capitalisme elles-mêmes provoquent un retour du politique dans le domaine du système financier et monétaire. Ces systèmes ont suivi un encastrement continu dans la mondialisation à partir de l’ordre économique scellé à Bretton Woods en 1945 et au cours des quarante dernières années de globalisation néolibérale. Une vague de désobéissance citoyenne, depuis les bases sociales, mais aussi au niveau national et régional se développe et promeut une re-signification des systèmes monétaires en les réorientant vers de nouveaux horizons sociaux et géostratégiques.

Un exemple inspirant de ce mouvement voit le jour depuis fin 2016 dans un ensemble de pays de la zone centrale et occidentale de l’Afrique, zone dans laquelle régit une sorte de système monétaire « fossilisé » depuis l’époque coloniale. Différents groupes d’activistes et secteurs de la diaspora africaine ont décidé de reprendre le débat autour de la « Coopération Financière en Afrique » actuellement configurée par trois blocs économiques (2). Quinze pays ont intégré cette architecture monétaire à partir de 1945, avec la promesse de parvenir à une stabilité monétaire et une transition accélérée vers le développement économique. Deux mécanismes, bien connus sous d’autres latitudes, sont à la base de ce colonialisme économique : l’endettement – en lien avec main mise sur les budgets nationaux par le FMI et la Banque mondiale, et la « servitude » monétaire, toutes deux légitimées par un subtil dispositif d’influence communicationnelle et institutionnelle, dispositif que l’économiste africain Nicolas Agbohou (3) n’hésite pas à comparer à un « nazisme » monétaire.

Les faits montrent que le mécanisme de contrôle qui a été mis en œuvre dans cette zone de coopération financière au cours des 70 dernières années est semblable à celui que le régime nazi a imposé au cours de la 2e guerre mondiale dans les pays européens occupés. En quoi cela se traduit-il aujourd’hui dans ces blocs économiques en Afrique? En substance, il s’agit d’une architecture de contrôle technique, institutionnel et juridique, qui lie d’un côté l’émission monétaire effectuée en dehors de la juridiction des pays africains sous la manne de la diplomatie française ; et de l’autre, la maîtrise des flux monétaires sur la base de quatre mécanismes : la parité fixe entre l’euro et le franc CFA (qui agit comme levier d’austérité et de dévaluation programmée); la centralisation des changes et les comptes d’opération placés sous tutelle du Trésor français (permettant de capter les devises africaines); la libre convertibilité du Franc CFA en euro (pour neutraliser la capacité d’émission monétaire sans qu’il y ait de convertibilité interne du franc CFA entre les trois blocs économiques africains); et enfin la libre transférabilité des capitaux africains en Europe (qui en définitive normalise la fugue de capitaux sur le plan institutionnel).

Sans aller dans les détails de cette ingénierie, les résultats sont éloquents et contrastent de toute évidence avec les questions de fond auxquelles sont confrontés les peuples d’Afrique subsaharienne : à savoir sortir de la marginalité économique et intégrer le monde multipolaire avec un projet africain et donner un avenir à un continent dont la population double tous les 25 ans et qui se compose à 70% de jeunes de moins de 35 ans. Beaucoup de ces quinze pays figurent aujourd’hui en bas de l’échelle de l’indice mondial de développement humain et sont pris dans la toile d’une spirale d’appauvrissement, ou plus exactement d’une spirale sophistiquée d’extraction de richesses et de subventions aux économies des pays développés. Rappelons que dans les années 60, le PIB par habitant de ces pays était au même niveau que celui de la Corée du Sud, du Cambodge ou du Vietnam. On estime que 50 milliards de dollars sont extraits de l’Afrique chaque année (l’équivalent de 3% du PIB du Mali, 1% du Sénégal, 6% de la Côte-d’Ivoire) (4), dépassant le volume de l’aide publique au développement fournie par les pays industriels.

Par ailleurs, les économies de l’Afrique subsaharienne sont fortement « primarisées » et balkanisées, prisonnières du dogme orthodoxe préconisant le contrôle de l’inflation, peu aptes à consolider des relations commerciales intrarégionales (15% des transactions économiques se font régionalement) et à donner une plus grande cohérence au projet naissant de bloc continental esquissé par l’Union Africaine. En fin de compte, comme le rappellent les activistes de ce mouvement citoyen africain, le troc d’une souveraineté politique pour une soumission économique au moment des indépendances a fini par saboter la base même de la souveraineté nationale. Le cycle actuel de la déflation mondiale et de la dévalorisation des matières premières ouvre d’ailleurs de nouvelles brèches dans ce schéma économique.

Comment cette servitude monétaire a t’elle pu perdurer au cours du temps alors que d’autres pays africains ont su emprunter d’autres voies ? La stabilité monétaire établie sur l’euro a été un facteur important. Le poids de la realpolitik postcoloniale et du pacte d’allégeance en échange de protections diplomatiques est également une variable significative. Mais rappelons que bien que plusieurs pays soient temporairement sortis de l’union monétaire – comme le Mali, le Togo, la Guinée Conakry et la Mauritanie (cette dernière l’ayant quitté définitivement), les dirigeants africains qui se sont rebellés contre l’ordre colonial ont été renversés par la force militaire ou des pressions de tout ordre. Les derniers exemples en date sont ceux de l’ancien président Mouammar Kadhafi en Libye, promoteur d’une monnaie et d’un projet panafricain, et de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, moteur d’une nationalisation du système financier dans un pays qui participe à hauteur de 40% de la masse monétaire du bloc sous-régional.

Mais il faut aussi reprendre l’analyse des économistes Nicolas Agbohou et Bernard Lietaer lorsqu’ils soulignent que les systèmes monétaires avaient été conçus le siècle dernier dans la claire conscience de constituer un facteur d’homogénéisation et de création de monopoles au service du pouvoir central, conscience qui aujourd’hui semble avoir été fortement diluée au cours du temps pour différents acteurs sociaux et pour la citoyenneté en général. La monnaie est bel et bien un « fait social total », relationnel, économique, politique, spirituel, comme le suggère l’anthropologue Marcel Mauss. Pourtant, elle est construite aujourd’hui comme un « objet institutionnel non identifié » dans les sociétés africaines, c’est dire comme un élément abstrait, privatisé et autoréférentiel, très éloigné de la sphère civique et politique.

Cette question n’est pas vraiment nouvelle dans la vie politique africaine. Depuis la conférence de Bandung avec les pays non-alignés jusqu’aux processus d’indépendance et de libération nationale, la souveraineté monétaire a toujours été mise à l’ordre du jour et s’est heurtée aux rapports de force du moment. Mais la jeunesse africaine, mobile et transnationale, apparaît aujourd’hui porteuse d’un nouvel imaginaire. Beaucoup de jeunes Africains formés en Europe ou en Asie, de la même façon que les protagonistes du printemps arabe en 2011, ont appris à relativiser les dogmes, à ne pas se conformer de la fatalité des jeux géopolitiques et tentent d’explorer les failles d’un système confiscateur de futur et de richesse.

Ce panorama africain nous offre une matrice féconde pour comprendre les réalités d’autres zones centrales ou périphériques de l’économie mondiale. Dans le cas de l’Amérique latine, un profond phénomène d’exclusion monétaire, d’instabilité financière et d’abus de position dominante du dollar sur les monnaies nationales est en vigueur, phénomène qui paradoxalement n’a pas pénétré plus profondément dans l’agenda des projets politiques progressistes de la dernière décennie, en dépit des multiples crises qui ont secoué la région dans les années 1990 et 2000.

Les pays latino-américains disposent dans leur majorité d’un droit constitutionnel à l’émission monétaire à travers leurs banques centrales et l’approbation par les Parlements des décisions budgétaires. Les blocs d’intégration politique et économique comme le MERCOSUR se sont consolidés et avec eux les échanges intrarégionaux. Mais le nœud du problème se pose en termes de dépendance à l’égard du dollar comme monnaie étrangère pour les transactions et l’accès au marché mondial (en l’absence d’une alternative monétaire régionale), et de perméabilité des structures financières vis-à-vis des monopoles productifs, commerciaux et communicationnels.

Concrètement, ces monopoles ont le pouvoir de définir et de légitimer les prix de l’économie dans les principaux secteurs économiques, de convertir leurs bénéfices en devises étrangères et de les fuguer à l’étranger dans un réseau de 52 paradis fiscaux. Ils peuvent mettre en œuvre tout cela avec la complicité ou la résistance de l’Etat, en fonction de la nature des forces politiques, de certaines nuances formelles et du niveau de politisation de la question financière. Mais en fin de compte, une trame systémique d’extraction économique et d’érosion de justice sociale opère sur le plan factuel et formel, sur un mode similaire à celui que nous avons vu dans le cas africain.

Historiquement, les économies latino-américaines ont connu des cycles de crise bancaire qui ont affaibli les devises nationales et ont engendré une concentration en monnaie étrangère, avec un net impact sur la dé-bancarisation, la perte d’épargne nationale, la difficulté d’accès au crédit et la spéculation financière. Ces écueils ont amené à consolider les monopoles économiques. Là aussi, le volume de fugue des capitaux au niveau régional défie les limites de l’imaginaire : près de 430 000 millions de dollars quittent chaque année le continent (5). A titre de comparaison, durant l’année 2015 environ 158 000 millions de dollars entraient en investissement étranger. Ramené à une période de 40 ans en Argentine, champion régional de ce bimonétarisme néocolonial, il s’agit d’une somme équivalente à 900 milliards de dollars qui a quitté le territoire national (réduisant d’un facteur 12 le montant des recettes fiscales de l’Etat (6)).

Alors que les gouvernements populaires étaient parvenus à confronter dans une certaine mesure les monopoles financiers et économiques après la rupture de l’Accord de libre-échange des Amériques (ALCA) en 2005, l’extraction systémique de capitaux a continué à opérer comme un profond facteur d’érosion de l’Etat et du dynamisme économique. Quand la « prospérité des commodities » a décru avec la chute du cours des matières premières, les pouvoirs économiques concentrés ont relancé un plan de déstabilisation des trois pays de l’axe Caracas-Brasilia-Buenos Aires et tentent à présent de réinstaller de vieux schémas néolibéraux. Dans la pratique, les monnaies régionales ont été dévaluées de plus de 30% en moyenne en 2014 et maintiennent un rythme soutenu de dépréciation par rapport au dollar. De grandes masses d’endettement extérieur ont été souscrits et l’appel aux investissements étrangers reconfigurent un contexte de dépendance économique.

C’est dans ce sens que l’onde de monnaies locales et complémentaires émergentes dans différentes régions et amplifiées par la crise financière de 2007-2008, devient un mouvement significatif pour contester l’ordre unimonétaire dominant. Des milliers de monnaies locales et de systèmes d’échange prospèrent actuellement en Europe et dans le monde, occultées par les médias hégémoniques et s’opposant à l’unitarisme monétaire en vigueur dans les cadres nationaux. Une récente étude publiée dans la revue « Alternatives Economiques » portant sur environ 40 expériences de monnaies locales en Europe nous montre comment se redéfinissent ici et maintenant les imaginaires assignés à la monnaie. Cette étude montre que celles-ci s’orientent vers la reconstruction et la réparation territoriale (78% des expériences), la consolidation des liens sociaux (61%), la consommation responsable et la transition productive (51%), la démocratisation de la monnaie (49 %) et la stabilisation de la finance (49%).

Les communautés d’échange qui sont créées autour de ces monnaies sont relativement délimitées, localisées et parfois fragiles dans leur capacité à conduire dans le temps un projet monétaire. Bien que les volumes économiques en circulation soient à des années lumières de ceux brassés dans la finance internationale, le saut qualitatif qu’elles proposent est fondamental. Elles confrontent les monopoles de l’imaginaire, du sens commun et les fonctions classiques de la monnaie. L’un de leurs défis est clairement de renforcer la capacité de mobilisation populaire et de construire des articulations institutionnelles (notamment de payer des impôts ou des services dans la monnaie locale). Ce mouvement micro-monétaire n’a pas de leadership centralisé, mais il possède déjà des formes flexibles d’interconnexion (théoriques, sociales, territoriales).

D’autres mouvements liés à cette désobéissance citoyenne prennent forme avec des initiatives d’occupation des banques (Occupy Wall Street ou les «Faucheurs de chaises »), dans le boycott de certains groupes financiers impliqués dans des scandales fiscaux ou dans l’économie noire des énergies fossiles, ainsi qu’à travers la filtration des secrets financiers (LuxLeaks, Swissleaks, Panama Papers) et la résistance aux accords de libre-échange. Ces initiatives sont nécessairement voués à se développer dans l’avenir. Ce que nous observons à la lumière des luttes des mouvements pour une autre économie qui se sont développés au cours des 30 dernières années, c’est que la somme d’une multitude d’expériences alternatives est loin de produire un changement systémique. Dans la transition géo-économique actuelle, où la dé-dollarisation de l’économie mondiale constitue l’un des épiphénomènes de cette transition, les réseaux civils et les mouvements sociaux sont appelés à promouvoir un nouvel horizon de débat sur la production et la circulation des richesses.

La situation actuelle est celle d’une capture du système financier par les groupes concentrés et les puissances coloniales qui organisent tant légalement qu’illégalement le transfert de volumes faramineux d’une richesse mondiale qui n’a jamais cessé de s’accroître au fil des années. Ce système opère en particulier sur la population du Sud global où se distribue environ 80% des ressources naturelles de la planète et sur la classe moyenne transnationale plongée depuis plusieurs décennies dans un cycle de récession. Rappelons à ce titre que 42 millions de personnes sont sorties de la classe moyenne dans les pays industrialisés depuis la fin de la Guerre Froide et qu’en 30 ans, la part des salaires dans le PIB de tous les pays occidentaux s’est réduite en moyenne de 10%. Outre l’accumulation de niveaux sans précédent de concentration de la richesse, le colonialisme financier fait en sorte que les peuples supportent 98% de la charge totale des impôts alors que le capital n’y contribue qu’à hauteur de 2%.

Toutes les sociétés sont physiquement dotées de plus en plus de richesses et simultanément appauvries par un système monétaire fondé sur le dollar et géré par 8 banques étrangères et 200 sociétés transnationales. Comme l’a à nouveau affirmé avec audace le Pape Francisco et la diaspora africaine dans sa désobéissance monétaire contre le Franc CFA, la monnaie est un instrument central de souveraineté et de justice sociale. Il est temps de remettre à l’ordre du jour la construction d’un nouvel ordre monétaire et financier mondial, en mettant au centre le débat sur les principaux outils de répartition des richesses : les budgets nationaux, les impôts et l’émission monétaire.

Auteurs: François Soulard – Forum mondial démocratique
Guillermo Robledo, Eduardo Murua, Clelia Isasmendi – Observatoire de la Richesse Pedro Arrupe.

http://observatorio-riqueza.org/onde-de-desobeissance-monetaire-financiere/?lang=fr

————————————

(1) Rapport Une économie des 99% https://www.oxfam.org/es/informes/una-economia-para-el-99 , janvier 2017.
(2) L’Union Economique et Monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA), la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) et l’Union des Comores (UC).
(3) Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, Nicolas Agbohou. Editions Solidarité mondiale, 1999.
(4 ) Selon le rapport Thabo Mbeki, présenté et adopté lors du 24e sommet de l’Union africaine les 30 et31 janvier 2015 à Addis-Abeba, l’Afrique a perdu au cours des cinquante dernières années, plus d’un milliard de dollars à travers les flux financiers illicites. http://www.francophonie.org/IMG/pdf/fluxfinanciersillicites_rapport_francais.pdf
(5) Le montant de l’évasion fiscale s’élève à 350 000 millions de dollars par an selon les études de la Commission Économique de l’Amérique Latine (CEPAL), auxquels s’ajoute 180 000 millions de dollars de transfert pour les balances de paiement par voie légale.
(6) Selon le calcul de la Commission économique pour l’Amérique latine – CEPAL.

 

 

 

En passant | Publié le par | Tagué , , , | Laisser un commentaire